Nous annoncions dans notre dernière newsletter de rentrée la tenue d’un évènement intitulé « Le Festival du Monde Moderne » initialement prévu pour le 3 octobre.

Après avoir été alertés par des réseaux de veille antifaschistes locaux, avoir rencontré collectivement l’organisateur Alexis Poulin et avoir longuement échangé en interne sur le sujet, nous avons décidé d’annuler l’évènement.

Il nous semble utile, voire nécessaire de partager les raisons qui nous ont amenées à faire ce choix.

Cet écrit n’est bien sûr pas exhaustif de tous les avis qui se sont fait jour mais cherche a minima à résumer les segments qui nous unissent et nous permettent d’assumer ensemble ce choix.

Tout d’abord, notons que la quasi totalité des habitants et membres de l’association le peRgo n’avaient jamais entendu parler d’Alexis Poulin en amont, qui se présente comme éditorialiste, ni du média « Le Monde Moderne », sorte de revue de presse quotidienne proposé sur youtube.

L’évènement nous a été présenté comme avant tout un rendez-vous grand-public mêlant journalisme et culturel, en mode fun, avec notamment un jeu-mystère au nom évocateur « le macron-ball »….

Les nombreuses discussions que nous avons eues, une fois prévenues que la démarche et le réseau d’Alexis Poulin pouvaient être aux antipodes de nos propres valeurs – dont le respect et la défense des droits humains y compris des minorités – ont révélé que les choses étaient plus complexes que cela et qu’il existait une diversité de pensées assez large au sein du collectif. En tout cas suffisante pour ne pas tirer de conclusions trop hâtives.

La question du traitement de la crise sanitaire COVID par l’État et en particulier l’imposition du pass sanitaire et les sanctions infligées au personnel soignant refusant ce dictât est un sujet qui nous réunit et qui peut rejoindre la posture d’Alexis Poulin, lequel a critiqué explicitement les choix gouvernementaux à cette période, de nature à enfreindre le droit individuel au libre-arbitre, exerçant également une violence institutionnelle insupportable sur les réfractaires.

Autre sujet à propos duquel nous pouvons considérer l’avis d’Alexis Poulin et les efforts de dénonciation sans ambiguïté qu’il déploie: la répression contre le mouvement social des gilets jaunes, scandale absolu d’un Etat policier prêt à mutiler sa propre population. Nous ne pouvons pas cautionner ces agissements extrêmement inquiétants si nous voulons précisément défendre la justice sociale, l’engagement citoyen, les luttes sociales en faveur d’un monde plus égalitaire et respectueux des libertés fondamentales.

Dans ce type de contextes, la défense de la liberté de parole nous semble une cause juste et la dénonciation des persécutions dont sont victimes les individus ou collectifs qui se battent contre l’arbitraire nous apparaît comme évident.

En revanche, il y a bien d’autres sujets et modes opératoires desquels nous tenons à garder nos distances. Ce sont des sujets qui ont pour point commun d’être parfois abordés au travers de prismes qui peuvent devenir des grands carrefours d’idées et d’idéaux. Et certaines causes ou concepts constituent des passerelles redoutables pour aller de l’un à l’autre en brouillant les pistes.

Il est donc indispensable d’être au clair sur nos limites et de les énoncer.

Nous avons identifié, au travers de cet épisode de débat intense, au moins deux notions à partir desquelles les intentions peuvent différer voire favoriser des visées complètement opposées : le souverainisme et la liberté de parole.

Quand le souverainisme sert à penser un ou des États-nations capables de maîtriser leur politique monétaire, leur stratégie économique et financière afin de favoriser l’avènement de pays en capacité de développer ou conserver leurs atouts industriels – par exemple – dans une perspective de redistribution des richesses, alors la logique est entendable et saine. (Nous n’entrons pas ici dans le débat piégeux de savoir si cette définition du souverainisme est conciliable ou pas avec une posture européiste mais voyez qu’à cet endroit une nouvelle boîte de pandore est prête à s’ouvrir….).

En revanche, si le souverainisme se pare de nationalisme, de patriotisme et se replie dans les méandres du rejet de l’autre, tout cela assorti de démagogie, de simplifications ou encore de désignation de boucs-émissaires, alors c’est non.

Le fait qu’Alexis Poulin n’énonce pas clairement son positionnement et ses intentions soit en tendant le micro à des personnes exprimant des propos à consonance négationniste, révisionniste, racistes ou homophobes ou alors qu’il débatte ou s’affiche avec des personnalités ou des médias issue d’un milieu pouvant être taxé de « fachosphère » ou associés ne nous convient pas.

De notre point de vue, le « confusionnisme » dans lequel il navigue n’est pas de nature à défendre de façon juste et claire ce que nous entendons notamment au travers de la fameuse liberté de parole dont il est aisé de se réclamer pour faire passer des messages tangents ou nauséabonds.

Enfin, nous n’avions pas connaissance de la liste des invités prévus par Alexis Poulin pour cette journée, en effet le texte d’invitation qu’il a rédigé faisait seulement état des artistes qui seraient présents mais taisait les « guests-surprises » susceptibles de venir, lui se présentant comme monsieur loyal sans autre précision.

Dans la mesure où nous avons appris en parallèle qu’il annonçait dans sa chronique en ligne des noms et des médias que nous n’avons pas le souhait de recevoir chez nous, sans nous informer clairement et rapidement de l’intégralité du casting, nous avons coupé court en actant le non-maintien de l’évènement.

Cette expérience restera pour nous une longue et périlleuse traversée, riche d’enseignements, loin d’être confortable et qui nous met aux défis : de nous accepter dans la diversité de nos affinités et sensibilités tout en affirmant un projet commun qui tienne compte des nuances qui le composent et supposent d’être attentifs et co-garants des limites à poser tout en gardant nous-mêmes individuellement et collectivement notre liberté de parole et de pensée.

Le collectif du peRgo
Le Festival du Monde Moderne annoncé au Château Pergaud est déprogrammé